Transidentité et menace des libertés acquises

15/04/2024
Les transgenres. Presque un gros mots. « Gigolo », « travelo », « brésilienne* », « faux hommes », « femme à b*te », etc. tant de mots pour décrire les transgenres. Mais qu'est-ce réellement ?
Selon « Oxford Languages » : adjectif singulier invariant en genre
transgenre (nom ) · transgenre (nom féminin ) · transgenres (nom masculin pluriel ) · transgenres (nom féminin pluriel)
Relatif aux personnes dont le sexe psychique diffère du sexe physique.
Selon le « Larousse » : Se dit d'une personne dont l'identité de genre n'est pas en adéquation avec le sexe assigné à sa naissance. Abréviation trans. (Selon la législation en vigueur, une personne transgenre peut demander à changer d'état civil.)
Nous avons donc la description basique de ce qu'est une personne trans. Petite précision : pourquoi ne dit-on pas transsexuel ? Car cela rapporte au transexualisme, une « maladie mentale » selon le DSM-V pendant plusieurs décennies. Cependant être trans ne relève pas d'une maladie mentale, et cela peut-être appuyé par de nombreuses études scientifiques allant dans ce sens. Et puis, comme le rappel l'OMS « Pour refléter les avancées scientifiques et médicales, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a supprimé le « trouble de l'identité de genre » de son manuel officiel de diagnostics [...] ».
Les personnes transgenres, en France tout du moins, ne sont plus des « hors-la-loi » pour le simple motif qu'ils vivent. Mais en sommes-nous sûrs ? Les Républicains et le Rassemblement National ont tout deux proposés des lois qui ont pour but de stigmatiser les personnes trans. Ces derniers affirment que les mineurs trans ont accès, notamment, aux opérations de réassignement sexuel. Pour commencer, cela est bien entendu faux. Aucun mineur trans n'a accès à ces opérations, pour des raisons évidentes. Avec cette affirmation, déjà, nous avons pu noter sur les réseaux une recrudescence du harcèlement et des insultes transphobes. Sans oublier que cette communauté se retrouve avec des accusations graves dans les espaces commentaires. « Laissez nos enfants tranquilles », « Vous rendez nos enfants malades », « Vous contaminez les jeunes », et j'en passe. J'ai pu également en être victime, bien évidemment, du fait de mon identité.
Pour revenir sur la question des mineurs opérés, je tiens à mettre en lumière une réalité cependant : celle des enfants intersexes. Ces enfants, nés ni homme, ni femme, les deux à la fois, parfaitement entre les deux, en bref non-binaire, devant lesquels les adultes se retrouvent déroutés. Ces enfants peuvent se faire opérer, parfois sans la consultation des parents au préalable, dès la naissance. Parfois, cela arrive plus tard. Mais quand on demande l'avis aux parents, on ne leur laisse pas le choix de laisser l'enfant tel quel. On peut leur demander s'ils préfèrent un garçon ou une fille, et leur dire qu'il faut choisir. Voici la réalité des opérations de réassignement sexuel sur les enfants, qui n'est donc absolument pas en rapport avec les mineurs trans. Comment donc peuvent-ils se permettre d'affirmer de telles inepties, ne se renseignent-ils pas avant de rédiger une proposition de loi ? Nous en avons donc fini avec ce point-là, intéressons nous à la suite.
Les Républicains, dans leur proposition, ont également proposé de remettre au goût du jour les thérapies de conversion pour les mineurs trans sous le nom de « thérapie exploratrice ». Pourtant, les études ont démontré que ces thérapies « tuent » ( 2x plus de chance de développer des tendances suicidaires ou à adopter des comportements auto-destructeurs tels que la mutilation suite à ces « thérapies ») d'où leur interdiction depuis le 25/01/22. Ces thérapies, c'est ça qui tue nos enfants.
Les LR et le RN s'attaquent ainsi au droit de chaque individu de disposer de son corps. Je rappelle que ce droit avait déjà, à plusieurs reprises par ces partis, menacé le droit à l'IVG notamment.
Ils ont également abordé la question des bloqueurs de pubertés et des hormones. Pour le premier cas, ces bloqueurs de pubertés n'ont aucun impact plus tard sur les enfants qui en ont pris excepté les effets secondaires possibles de tout traitement. De plus, ces bloqueurs de pubertés donnent un moyen pour ces adolescents d'explorer leur identité de genre (car le doute ne vient jamais de nulle part). Et à ceux qui nous parleraient d'endoctrinement, rappelez-vous que ces adolescents sont suivi par des professionnels ! Psychiatres, endocrinologues, médecins généralistes, etc. Et pour les hormones ? En général, ils y ont accès vers leurs 16 ans avec accord parental, ce qui est rare, et donc les personnes trans ont plus souvent accès à ces dites hormones à partir de leur majorité.

Ils souhaitent également imposer un suivi psychiatrique alors que la trans identité n'est pas un trouble, la dysphorie de genre oui, mais à nouveau, pourquoi l'imposer ? Pourquoi ne pas laisser chacun.e.s de son corps ? Ils veulent faire disparaître de l'espace publique les personnes trans. De quoi ont-ils exactement peur, sachant que nous avons aujourd'hui des preuves scientifiques attestant de l'existence de la transidentité, qui plus est, est visible dans le cerveau dès le plus jeune âge.
Sans faire un cours d'histoire, la transidentité existait déjà à la Mésopotamie. Sans citer énormément de noms, nous pouvons mettre en avant Christine Jorgensen, femme transgenre des années 50, américaine opérée au Danemark. Plus vieux encore, Elagabale qui souhaitait être désignée par le pronom « elle ». De plus, il existait auparavant énormément de « communautés trans » : les gala et galli, des prêtresses assignées homme à la naissance. Les bispirituels au sein de la culture amérindienne, ou encore en Asie du sud les Hijra. En bref la transidentité, même si elle n'a pas toujours porté ce nom, à toujours existé.
Ils ont alors avancé l'argument du regret. Aujourd'hui, moins d'1% ( à travers le monde ) de personnes détransitionnent. Trois raisons à cela : la pression ( à cause des proches et/ou de la société ), car la personne est non-binaire ou bien, car c'était réellement une erreur. Des chiffres bien pauvres pour tenter de discréditer cette population.
En mettant tout cela en avant, pensez-vous qu'il est normal aujourd'hui, dans le pays des droits de l'Homme, de voir apparaître ce type de proposition de loi, alors que la haine monte en flèche en Europe, et même à travers le monde ? Que la restriction des libertés de chacun.e.s devient de plus en plus systématique ? Dans un pays tel que le nôtre, est-ce normal de voir apparaître de tels textes, qui en deviennent presque des appels à la haine contre une petite communauté ? À travers le monde les trans ne représentent même pas 2% de la population, pourquoi s'attaquer à cela, alors que nous avons des causes beaucoup plus importantes, comme la montée des violences, de l'insécurité, des agressions sexuelles ?
Nous pensons qu'il serait bénéfique de revoir les priorités quand nous savons que les trans ont deux fois plus de risques de mortalité hors traitement que la population moyenne ; que les risques de faire une tentative de suicide est huit fois plus élevé ; que 67% d'entre eux pensent au suicide avant intervention médicale contre 3% après ces dites interventions, que 85% des trans subissent de la transphobie et que dans ces 85%¨, 37% disent avoir subi actes transphobes, 59% insultes, 13% coups, 27% harcèlement, 60% discrimination tout en sachant que ces actes sont à un peu plus de 50% lieu dans les lieux publiques, 33% en privé ou en environnement professionnel. 3.3% des trans portent plainte, car ils ont conscience que la loi ne les protège pas.
Nous devons protéger cette population qui souffre, comme beaucoup de français à l'heure actuelle. Alors aidons les, mettons en place ce qu'il faut pour qu'ils s'épanouissent, et arrêtons de les opprimer quand nous avons la possibilité de faire l'inverse.
*brésilienne : une insulte qui peut-être visible sur internet, étant ainsi à la fois xénophobe et transphobe
Pour compléter :
Le monde :
-Mineurs transgenres : familles et professionnels de santé s'inquiètent de la mise en cause des parcours de soins ( 29.03.2024 )
-Mineurs transgenres : comment le débat sur les bloqueurs de puberté a évolué au Royaume-Uni ( 29.04.2024 )
- Le cheminement des familles de jeunes transgenres, de la sidération au « non-sujet » ( 05.12.2022 )
- Mineurs transgenres : « Aujourd'hui, la menace d'interdire les transitions médicales et chirurgicales s'intensifie » ( 31.03.2024 )
Sources :
-Le monde, Pour les personnes transgenres, le risque de faire une tentative de suicide est près de huit fois plus important, selon une étude danoise inédite ( 06.07.2023 )
-Les personnes transgenre et le suicide ( mental health comission of Canada )
-TF1 info, Suicide, dépression : une première étude sur les souffrances des « trans » ( 19/11/14 )
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